EN PROJET

“FAMADIHANA” (DOCUMENTAIRE)

 

Le message d’Alice à sa mère


« Bon anniversaire Maman ! Tu aurais été là, tu aurais eu 85 ans ! Merci d’avoir été ma Maman, mon tout premier être d’amour, et de m’inspirer toujours, et encore… » 


Cette cérémonie du famadihana va vraiment exhumer ce qu’il y a de plus profond dans mon histoire. Aussi bien dans mon histoire propre que la relation que j’ai avec les autres membres de ma famille. J’ai décidé de faire le famadihana de mes parents l’année prochaine, afin de les réunir enfin, dans un seul et même linceul. Symboliquement, pour eux, cela va être l’ultime retrouvaille. Pour moi, à l’initiative de cette décision, c’est la Reconnaissance, avec un grand R, c’est une déclaration d’amour, c’est me reconnecter à l’histoire pour ainsi pouvoir construire la mienne de manière consciente, décider de ce dont je veux hériter ou non, et c’est un langage pour ma descendance pour témoigner de ce qui fait valeur pour moi.

La mort est l’occasion offerte à tous les humains de se reconnecter avec cette valeur primaire qui est le garant de sa survie, qui est l’amour, au sens large du terme. Elle a cette faculté de réduire à peu de choses toutes les motivations de notre ego à vouloir prendre le dessus sur les autres, ce qui est à l’origine de nos mésententes. Elle arrive, un instant, à faire taire notre ego et à laisser notre esprit prendre le dessus.


Quand la mort s’impose, c’est un événement pénible et douloureux, nous n’avons guère le choix, et le seul sens que nous trouvons pour la rendre acceptable, c’est l’amour, ou Dieu, pour ceux qui pratiquent. Sont croyants ?

Se confronter, une nouvelle fois, à la mort des gens que l’on aime, dans le contexte qu’ils ont mis en place, suppose d’avoir beaucoup d’amour car c’est la seule énergie qui permette de le faire. Cela nous oblige donc à aller mobiliser au fond de nous toute notre capacité d’aimer, et à transcender le quotidien.

A mon avis, c’est tellement prépondérant dans l’art de vivre malgache, que c’est ce qui explique cet attrait qu’exerce Madagascar sur tous ceux qui se sont donnés la peine de connaître ce pays.

La grande capacité d’aimer chez les Malgaches fait quelque part son humanité. Ce n’est pas propre à Madagascar, mais c’est omniprésent à Madagascar,  pour l’instant.


Pour l’instant, car la pratique du Famadihana  est remise en cause  par des tas de religions qui ont décidé de faire chercher Dieu ailleurs que dans le cœur des gens et qui opposent à cette culture leur « vérité » sous prétexte que c’est du fétichisme, de l’obscurantisme, diabolique, etc.

De nombreux malgaches sont en train de  délaisser le Famadihana car ils en ont perdu le sens.

Je veux me reconnecter à l’histoire.


En tant que médecin je connais des techniques innombrables pour comprendre les choses du passé qui continuent à nous freiner dans le présent: psychothérapies, psycho généalogie,

Nos ancêtres ont regroupé tout cela dans un seul et même concept. Le Famadihana, c’est l’occasion offerte à l’ancienne histoire de re-émerger, à la descendance d’aller chercher ce qui fait souffrance, d’attribuer à tous ceux qui sont partis leurs responsabilités et de n’endosser que ce qui est à soi.

C’est se séparer des ancêtres sans pour autant les renier, et  sceller ce pacte par un rituel devant  une assemblée animée par les mêmes valeurs.


Si le malgache veut retrouver son identité, il faut qu’il reparte en quête de ce sens, et en retrouve l’équivalence dans la société moderne dans lequel il veut évoluer afin de valider son identité et la valoriser. C’est la base même de son identité, garant de sa confiance en lui, pour participer à la course au développement.

Cette perte de sens dans sa culture est un facteur de non développement chez le malgache.

En ce qui me concerne, le travail d’histoire vis-à-vis de mes parents, je l’ai fait, en passant par des phases d’identification de mon passé, puis de colère et de procès dans mon for intérieur, puis d’essai de compréhension. Ensuite j’ai essayé de me dissocier, de me distinguer de mes parents  et de leur histoire pour me permettre de faire la mienne. Je me suis fait aider par différents systèmes de psychothérapies à l’européenne pendant des années, pour réaliser, au bout du compte, que dans ma culture j’ai l’équivalence.

C’est seulement maintenant que cela se révèle à moi.

Je pense évidemment que les rituels ne sont pas restés figés depuis la nuit des temps Il nous appartient donc de les faire nôtres pour qu’ils perdurent et gardent leur valeur à nos yeux.

Les dépenses exorbitantes qu’engendrent certains Famadihana, ou des rituels qui ont pu paraître « extrêmes » ont été l’occasion pour certains, de condamner, puis d’ abandonner cette pratique.

Cela a été le credo des missionnaires pour nous faire abandonner le Famadihana et à l’heure actuelle, bon nombre de « nouvelles religions » ou autres mouvements sectaires continuent à fustiger cette pratique ancestrale. Je pense que c’est une perte énorme


C’est pour cela qu’il me semble primordial de rassembler à nouveau tous les malgaches autour de la pratique du famadihana qui renforcera la cohésion sociale et le sentiment d’appartenance à une identité malgache.

C’est le pari que je fais .»























Alice Ranorojaona-Pélerin