EN PROJET
le sucre en héritage (DOCUMENTAIRE)
EN PROJET
le sucre en héritage (DOCUMENTAIRE)
PRÉSENTATION
L'ostentation du sucre faisait partie du décor des grandes cérémonies vénitiennes. Déjà les festins de la Renaissance avaient été éclairés par des lustres de Murano en sucre filé.
Ce sucre, produit de Chypre et de Crète, symbolisait la richesse de Venise, tellement fabuleuse que le Sérénissime pouvait s'offrir - et offrir à ses hôtes les plus illustres - le somptueux spectacle d’oeuvres d’art, signées des plus grands maîtres, et néanmoins consommables...
Les îles à sucre
Après Chypre et la Crète, d’autres îles, d’autres pays prirent le relais.
À la Réunion, comme dans les autres « îles à sucre », ex colonies devenues départements, ou états libres (comme Haïti ou Cuba), c’est hélas la culture de la canne à sucre qui a engendré les déportations les plus massives d’esclaves, puis d’engagés.
Malgaches, gros blancs, yab, caf , malbar, zarab, chinois, ont tous, ici, à la Réunion, la culture de la canne en héritage.
Il est vrai que l’esclavage intensif est indissociable de la culture extensive de certaines plantes à l’époque pré-industrielle. Parmi les plantes « esclavagistes » les plus emblématiques de cette époque, on trouve le café, le coton et le sucre.
Un patrimoine économique négatif ou positif ?
« Je ne sais pas si le café et le sucre sont nécessaires au bonheur de l’Europe, mais je sais bien que ces deux végétaux ont fait le malheur de deux parties du monde. On a dépeuplé l’Amérique afin d’avoir une terre pour les planter : on dépeuple l’Afrique afin d’avoir une nation pour les cultiver. » (Bernardin de Saint Pierre, Voyage à l’île de France)
Et pourtant , de nos jours, la culture de la canne à sucre, à l’origine des souffrances des esclaves, n’est pas rejetée, mais revendiquée comme un élément positif de l’économie, alors que l’esclavage apparaît à juste titre comme un héritage négatif.
L’exploitation et la transformation de la canne à sucre font désormais consensus.
La production de sucre de canne est la principale production et le premier produit d’ exportation de l’île de la Réunion. Elle fait partie de son patrimoine matériel.
Un patrimoine immatériel
Une “civilisation” du sucre? Horreur! Voudrait-on parler d’une “civilisation” de l’esclavage?
« Oui, ma chère dame! Les petites bandes de négrillons qui ramassent les cannes oubliées. Le maréchal-ferrant qui s'occupe des mulets, les muletiers eux-mêmes qui sellent et brident et charroient les piles de cannes pour la pesée devant l'usine. Hein, n'est-ce pas grandiose, madame ? Marraine souriait d'approbation, quoiqu'en son for intérieur elle devait mauditionner ce que ce grand couillon de Blanc osseux appelait “la civilisation de la canne”...»
D’accord, chère Marraine de Raphaël Confiant! Ce grand couillon avec sa ritournelle, méritait bien d’être “mauditionné” pour sa suffisance de “béké”.
La culture de la canne fait néanmoins partie de l’héritage immatériel de la Réunion. Elle fut à l’origine de l’arrivée sur l’île de populations africaines et asiatiques, de différentes langues et cultures, et, en partie, à l’origine du métissage des premiers habitants et des nouveaux venus.
Dans le patrimoine immatériel lié à l’économie de plantation, il y a la langue créole bien sûr, et la musique, le séga, le maloya, etc. Mais aussi des habitudes de vie, des lieux de vie dans la tradition de la plantation, désormais adaptés au monde moderne, des lieux incontournables pour comprendre l’histoire de la Réunion.
Donc s’ il y a un côté « fénoir » de cet héritage: l’esclavage, il y a aussi un côté positif, qui fait de la Réunion une « île unique » dans les anciennes îles à sucre, grâce à la diversité de son métissage et à son « vivre ensemble » communautaire et non communautariste… Au moins pour l’instant.
Comprendre notre avenir
Il n’est pas question de donner à une plante la responsabilité de l’esclavage, qui est du domaine humain, mais de comprendre comment la culture intensive d’une plante peut rassembler des êtres qui n’étaient destinés ni à se rencontrer, ni à se connaître, ni à s’unir dans une société métissée.
À notre époque les migrations massives ont pour cause, non pas la déportation esclavagiste, mais le déséquilibre économique de notre monde.
La coexistence sur un même territoire de plusieurs cultures, de plusieurs ethnies est donc inscrite à l’avenir de l’humanité. Cette perspective inéluctable rend indispensable de comprendre comment, à partir d’actes inhumains (la déportation et la mise en esclavage de millions d ‘êtres humains), une société relativement harmonieuse peut se créer.
Également, ce documentaire tentera de définir les perspectives d’avenir de cet « héritage » sucrier. Doit-il être abandonné, ou assumé ? S’il doit être porteur d’avenir, sous quelles formes ?
Le 17 juillet 1574, le Sérénissime de Venise offrait au futur roi de France, Henri III, une réception somptueuse.
Dans la salle du grand conseil, un banquet de 3000 couverts était dressé sous les fresques des plus grands peintres vénitiens.
Les couteaux, les fourchettes à deux dents - cette innovation vénitienne - étaient en sucre “massif”, tout comme les nappes, les serviettes, les dessus de table.
Le long des murs s'alignaient des statues de sucre représentant les doges, des animaux héraldiques et des planètes à signification astrologique.
Plus tard, lors de la visite de Henri III à la villa palladienne de la Malcontenta, des arcs de triomphe peints par Véronèse et Le Titien comportaient des éléments en sucre.
CHAMPS
DE
CANNE
À
LA RÉUNION
COUPEUSE
DE
CANNE